Retour sur le conseil de l’archipel des Glénan du 22/02/2026

Après analyse des cartes, du calendrier et surtout des documents de travail du Conseil de l’Archipel du 22 janvier 2026, il apparaît que l’AIPBH n’est pas une mesure isolée mais la première brique d’un programme global de gestion des Glénan qui s’étale jusqu’en 2028.

Ce qu’est réellement le projet

L’AIPBH (Arrêté Interpréfectoral de Protection du Biotope et des Habitats Naturels) vise officiellement la protection :

  • des oiseaux nicheurs ;
  • des phoques gris ;
  • de la flore patrimoniale ;
  • des habitats naturels remarquables.

Cependant les groupes de travail montrent que les réflexions portent également sur :

  • la fréquentation terrestre ;
  • les activités nautiques ;
  • les mouillages ;
  • les transports de passagers ;
  • les manifestations nautiques ;
  • les VNM (jet-skis) ;
  • la capacité d’accueil globale de l’archipel.

Les trois grands axes du projet

1. Protection des îles et îlots sensibles

Le groupe de travail du 25 septembre 2025 a validé le principe d’une réglementation renforcée par arrêté de protection.

Les retours recueillis montrent :

  • une adhésion générale aux zones réglementées ;
  • une adhésion à l’interdiction du survol ;
  • une adhésion à l’encadrement des chiens ;
  • mais des interrogations sur la gouvernance et les moyens de contrôle.

2. Gestion de la fréquentation

Le groupe de travail du 9 octobre 2025 s’est concentré sur les pics de fréquentation estivaux.

Les propositions retenues :

  • amélioration de la cale de Saint-Nicolas ;
  • charte avec les transporteurs de passagers ;
  • limitation du nombre de passagers débarqués ;
  • réglementation d’accès à certaines plages ;
  • étude d’une jauge de fréquentation à l’échelle de l’archipel.

Un point important ressort :

La priorité affichée concerne Saint-Nicolas en juillet-août, où les gestionnaires considèrent que la fréquentation atteint parfois des niveaux incompatibles avec les capacités du site.


3. Régulation des activités nautiques

Le groupe de travail du 13 novembre 2025 a porté sur :

  • le mouillage ;
  • l’ancrage ;
  • les herbiers ;
  • les activités nautiques motorisées ;
  • les conflits d’usage.

Les propositions :

  • plans de balisage ;
  • nouveaux mouillages organisés ;
  • réglementation de certains usages ;
  • étude d’une jauge globale ;
  • encadrement renforcé des manifestations nautiques.

Ce qui concerne directement les plaisanciers

Mouillages

Les documents indiquent clairement :

  • augmentation du nombre de mouillages collectifs ;
  • renforcement de l’offre d’accueil ;
  • réflexion sur une future ZMEL ( Zone de Mouillages et d’Équipements Légers);
  • limitation progressive du mouillage libre dans certains secteurs sensibles.

Herbiers de zostère

C’est probablement l’évolution la plus importante à moyen terme.

Les orientations présentées prévoient : interdiction de l’ancrage dans certains herbiers de zostère, après renforcement de l’offre de mouillages et création d’une nouvelle ZMEL.

Autrement dit :

  1. création de solutions de remplacement ;
  2. puis limitation ou interdiction d’ancrage sur certains fonds.

Jet-skis (VNM)

Le document prévoit :

  • interdiction des VNM dans l’archipel,
  • sauf dans un chenal d’accès défini entre La Pie et La Chambre.

Manifestations nautiques

Les courses et rassemblements nautiques ne seraient pas interdits mais davantage encadrés.


Les zones de protection prévues

Les cartes montrent trois niveaux.

Zones rouges pleines

Accès interdit toute l’année (terre et mer).

Principaux secteurs :

  • Pen Ven
  • Le Run
  • Le Gluet
  • Castel Braz
  • Pladen
  • La Roche Fourchue
  • Brilimec

Zones rouges hachurées

Interdiction du 1er avril au 31 août.

Principaux secteurs :

  • Penfret
  • Loc’h
  • Brunec
  • Bananec
  • Quignénec
  • Guiauetec
  • Cigogne
  • La Tombe
  • Drenec

Zones d’exclusion

Des secteurs noirs hachurés apparaissent sur :

  • Penfret ;
  • Loc’h ;
  • Cigogne ;
  • Drenec ;
  • Saint-Nicolas.

La définition juridique précise n’apparaît pas dans les documents transmis mais ces zones correspondent à des secteurs de protection renforcée.


Le calendrier réel

2026

  • Lancement de l’AIP.
  • Sensibilisation.
  • Étude de faisabilité d’une jauge.

2027

  • Entrée en vigueur de l’AIP.
  • Création de mouillages collectifs supplémentaires.
  • Arrêté PREMAR sur :
    • balisage ;
    • VNM ;
    • manifestations nautiques.
  • Arrêté municipal sur certains secteurs (Loc’h, tombolo).

2028

  • Projet de ZMEL.
  • Interdiction d’ancrage dans les herbiers.
  • Éventuelle mise en place d’une jauge.

Ce qu’il faut retenir

Pour les plaisanciers, l’AIPBH ne constitue pas uniquement une protection ornithologique.

Les documents montrent une stratégie en plusieurs étapes :

  1. protéger les îlots les plus sensibles ;
  2. encadrer la fréquentation terrestre ;
  3. développer les mouillages organisés ;
  4. limiter progressivement l’ancrage dans les zones écologiquement sensibles ;
  5. disposer à terme d’outils permettant de gérer la capacité d’accueil de l’ensemble de l’archipel.

Le point essentiel est que les documents ne parlent pas d’une interdiction générale de la plaisance aux Glénan. En revanche, ils prévoient clairement un encadrement plus important des débarquements, des mouillages et de certains usages nautiques, avec une montée en puissance progressive entre 2026 et 2028.

Pour notre association, le véritable enjeu sera probablement moins l’AIP lui-même que les mesures qui suivent : ZMEL, interdiction d’ancrage sur herbiers, jauge de fréquentation et évolution des mouillages, car ce sont elles qui modifieront le plus concrètement les pratiques des plaisanciers.

 

 

L’APBP, aux côtés de la FNPP, restera particulièrement vigilante quant aux propositions et mesures susceptibles d’impacter fortement la pratique de la plaisance au sein de l’archipel des Glénan, tout en étant pleinement consciente de l’importance et de la nécessité de préserver les habitats naturels, la biodiversité et les équilibres écologiques qui font la richesse exceptionnelle de ce site.

Si l’archipel relève administrativement de la commune de Fouesnant, il constitue un espace maritime partagé et fréquenté par des plaisanciers venus de l’ensemble du littoral sud-finistérien et au-delà : Trégunc, Névez, Concarneau, Riec-sur-Bélon, Moëlan-sur-Mer, Loctudy, le Pays Bigouden, ainsi que le Morbihan. Les Glénan représentent ainsi un patrimoine commun dont les usages, les traditions maritimes et l’accessibilité concernent un territoire bien plus vaste que la seule commune de rattachement.

L’association souhaite également rappeler que toute restriction importante de l’accès ou des usages nautiques dans l’archipel pourrait avoir des conséquences significatives sur l’économie maritime locale. La plaisance constitue en effet un secteur d’activité essentiel pour de nombreuses entreprises du territoire : concessionnaires et vendeurs de bateaux, chantiers navals, mécaniciens marins, entreprises de maintenance, commerces d’accastillage, équipementiers, ports de plaisance, écoles de navigation et professionnels du nautisme. Une baisse durable de la fréquentation des Glénan pourrait entraîner une diminution des investissements des plaisanciers, des achats de bateaux, des travaux d’entretien et des dépenses liées à l’équipement des navires, avec des répercussions directes sur l’emploi et l’activité économique du littoral.

La protection de l’environnement et le maintien d’une plaisance responsable ne doivent donc pas être opposés, mais recherchés dans un équilibre permettant à la fois la préservation du patrimoine naturel des Glénan et la pérennité des activités maritimes qui participent depuis des décennies à la vitalité économique et sociale de notre territoire.